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Jamais nous n’avons reçu autant de personnes. Nos nouveaux locaux sont pourtant plus vastes mais nous allons devoir pousser les bureaux et les étagères pour accueillir tout le monde. Je ne m’attendais pas à un tel succès pour ces journées de L’+xpérience, les portes ouvertes organisées grâce à notre banque. Il faut dire que les débuts du parfum sont plus que prometteurs. Notre projet attise les curiosités. Rien n’est joué, bien sûr, nous devons encore nous accrocher, j’ai appris à être pragmatique. Et si jamais je l’oublie, le quotidien se charge de me le rappeler ! Un chef de petite entreprise doit s’occuper de tout ! La preuve : Léa, l’une de nos deux employés, vient me trouver pour un problème de dégâts des eaux. Je n’ai pas pu m’en occuper avant, essayons de le régler au plus vite.
— Désolée, Léa, j’aurais dû te voir avant, mais…
— Pas de problème.
— Alors, nous devons appeler l’assurance ensemble, c’est ça ?
— Inutile, j’ai tout réglé avec un SMS. C’est bon.

Un problème qui se volatilise et disparaît de ma journée en quelques secondes ! Je pourrais embrasser Léa !

En début d’après-midi, j’ai enfin quelques minutes pour moi. Je m’isole avec ma tablette dans le petit jardin qui jouxte nos bureaux. J’ai prévu de regarder les offres immobilières dans la région. Ma vie est ici désormais et je pense enfin à m’installer. Un rapide coup d’œil à mon agrégateur de comptes, une simulation de crédit, puis je débute la lecture de la presse en commençant par les journaux économiques. Après les gros titres, je fais défiler la page ; un article retient mon attention : « François Vardin, l’éminence grise du luxe à la française est mort ». Le visage sur la photo me dit vaguement quelque chose. Je l’ai sans doute déjà vu dans la presse. Je poursuis la lecture : « François Vardin a mené une existence étonnante, entre ombre et lumière, en équilibre entre succès et secrets, mais toujours sous le signe du business. Il préférait même qu’on l’appelle par son deuxième prénom, Charles, car, selon lui, François était trop difficile à prononcer pour les Américains et les Asiatiques. »

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Je souris en essayant d’imaginer un client chinois prononcer Eva.

« Il a créé plusieurs empires et des marques connues de tous, comme Ligne 5, Vestale, Brad ou encore L’Anglais, dans le prêt-à-porter masculin haut de gamme. C’était un homme pressé — expéditif parfois, redouté souvent — et qui ne s’en cachait pas, comme le prouvait sa devise : « Dans la vie, il vaut mieux être pressé qu’à l’arrêt. » Ces mots… Où ai-je pu les entendre… L’homme au scooter ! Oui, c’était ce visage avec des cheveux blancs et des rides en plus. Je relis en diagonale l’article. Charles… La marque L’Anglais… Charles Langley. « François Vardin est mort des suites d’une longue maladie. Il avait récemment déclaré à la presse : « Je me suis fait beaucoup d’ennemis dans la vie et quelques amis aussi. Parfois, ce sont les mêmes. »
Je reste immobile, la main suspendue au-dessus de ma tablette. Charles Langley est face à moi, enfin. Mi-ennemi, mi-ami, en effet. Une sorte d’ange gardien avec le sourire d’un démon. Je fixe son visage une dernière fois. Puis le fais disparaître en balayant l’écran avec ma main.

avata
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