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Une nouvelle journée débute. Je ne suis pas en retard. En avance, même, de quelques minutes. Immobile devant ma boîte aux lettres, je ressens un mélange d’appréhension et d’impatience, logé au creux de l’estomac. J’hésite à ouvrir la petite porte métallique. Vide… Aucune enveloppe, ni écriture violette. À la fois soulagée et étrangement déçue, je pars retrouver mon ami Florian au Café Odessa, comme tous les mardis avant de débuter les cours. C’est devenu un rituel entre nous, depuis la rentrée. J’étais un peu perdue dans cette nouvelle école lorsque je l’ai croisé pour la première fois à l’Odessa. Florian, qui entrait en dernière année, m’a donné des conseils. Et l’habitude du café est restée.

Quand j’arrive, il est déjà installé à notre table, absorbé par un match de l’équipe de France de handball dont il est devenu fan depuis les Jeux Olympiques de Rio, sur le téléviseur du bar.

— Je croyais que tu étais passionné de rugby, dis-je en m’asseyant à côté de lui.
— C’est vrai mais je suis un sportif émérite, qu’est-ce que tu crois ? répond-il en riant. J’aime aussi le basket et le handball. Même si, dans ma jeunesse, j’ai surtout pratiqué les jeux vidéo. Mais, c’est une autre histoire. Et toi, comment vas-tu ?
L’espace de quelques secondes, j’hésite à mentionner Charles Langley. Finalement, j’esquive.
— J’ai bien réfléchi, je crois que je vais m’inscrire en fac de psycho, en parallèle.
— Tu trouves que tu n’en fais déjà pas assez ? me dit-il, ironique.
— Ça m’intéresse. Et puis, il faut savoir ­élargir ses horizons, non ? Et toi, ton stage ?
— Pas stagiaire, alternant ! Nuance, miss, plaisante Florian. Ça se passe bien. Je me renseigne sur les opportunités de job dans le Groupe BPCE. Mais j’aimerais bien rester au digital. Enfin, on verra. Je voulais te parler d’une idée qui…

Malgré mes efforts, je décroche de la conversation. Un parfum connu mobilise toute mon attention. Celui de l’enveloppe. Florian parle mais aucun de ses mots ne semble parvenir jusqu’à moi, comme un poste de télévision en mode mute. L’odeur revient. J’observe les clients autour de moi, pour repérer un visage, un indice.

— … et ce serait une opportunité, si tu as le temps de…

J’acquiesce sans écouter. Serait-ce cet homme brun avec une grande écharpe blanche ? Ce quadragénaire au visage timide, qui joue avec une drôle de bague orange ? Ou ce vieux monsieur élégant en costume de tweed et chapeau ? À moins que ce jeune homme qui écrit au stylo plume sur un carnet…

— Tu ne m’écoutes pas du tout ou je me trompe ?
— Je…
— Je ne me trompe pas, dit Florian, légèrement vexé.
— Je suis désolée, j’ai une grosse journée, je pensais à pas mal de choses…
— Ce n’est pas grave. On en reparlera si tu veux. Il est l’heure de toute façon.

Nous nous levons. Une nouvelle fois, je passe en revue les visages qui m’entourent. Et pourquoi pas cette femme en tenue de sport ? Elle aurait pu prendre un pseudo… Au moment de quitter l’Odessa, une main me retient. « Vous oubliez votre journal », me dit le serveur.
— Ce n’est pas à moi.
— Vous êtes sûre ? Il était sur votre table et il y a quelque chose d’écrit dessus.

Je saisis le quotidien. Sur la dernière page, au-dessus du slogan « Vous être utile », l’encre violette se détache. La même écriture manuscrite. « Demain, 10 h, musée du Quai Branly. Et l’or de leurs corps. » Je relis le message deux fois avant de reposer le journal. Dehors, Florian me regarde, l’air inquiet. « Tu es sûre que tout va bien, Eva ? »

avata
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