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Je ne sais pas où sont aujourd’hui les navigateurs du Vendée Globe mais je leur souhaite de ne pas traverser la même tempête que moi. Un véritable cap Horn intime ! Après plusieurs nuits d’insomnie, mes certitudes se sont fissurées. Pourquoi l’ancien stagiaire de mon père aurait-il fait tant de mystère pour reprendre un parfum qu’il connaissait mieux que moi ? Il lui suffisait de m’en parler directement. Et puis, Maxime, dans le rôle de Langley, quelque chose ne colle pas… On pourrait presque en rire. Trois jours après l’appel vidéo, j’ai une nouvelle discussion avec Blain. À chacune de ses phrases, je sens ma théorie s’évaporer.
Il me parle de ses difficultés avec franchise, évoque mon père avec admiration… Et toujours, cette voix sans hésitation, franche. Au point où j’en suis, je ne peux me fier qu’à mon instinct et il me dit que Maxime est de mon côté, que Langley existe bel et bien, que sa proposition tient toujours.
Voilà le genre de montagnes russes que je dois affronter, passant d’un extrême à l’autre, du sommet au creux de la vague en quelques heures. Désormais, je m’imagine reprendre le travail de mon père, mener à bien son projet… Mais la colonne « contre » se remplit à vue d’œil : 1/ je ne peux pas accepter la proposition de celui qui a ruiné mon père, 2/ je ne connais pas assez Maxime pour m’associer avec lui, 3/ je ne saurais pas gérer une entreprise et puis 4/ je ne peux pas laisser tomber Claire et nos projets ­d’expatriation… L’amitié avant tout. Sans oublier, 5/ je dois vivre ma vie et non pas celle de mon père. La liste pourrait s’allonger encore longtemps. Cette fois, ma décision est prise, finis les revirements, c’est non. « C’est non ! » dis-je à voix haute, sans m’en rendre compte.
Deux passants se retournent vers moi, à la fois surpris et inquiets. Langley peut aller au diable ! Pour fêter ça, je décide de faire un cadeau à Claire : une machine à expresso pour en finir avec son café translucide du matin. La Fnac n’est pas loin.
Je règle rapidement avec Apple Pay puis j’accélère pour rentrer à l’appartement, pressée de reprendre ma vie comme avant, sans enveloppe, sans mystère.

Claire m’attend dans le salon, assise sur le bord d’un fauteuil. Je remarque immédiatement son air étrange. Une gêne inédite entre nous.
— Ça ne va pas ?
— Il faut que je te parle, Eva.

Sa voix est tendue, hésitante.
— J’ai reçu une proposition… Je sais que nous avions imaginé partir ensemble mais… J’ai répondu à une annonce cherchant une personne bilingue, français-allemand. J’ai même passé plusieurs entretiens sans te le dire… Et j’ai eu le job. La banque digitale Fidor Bank m’embauche à Francfort. Je ne peux pas refuser ! Je suis désolée, j’ai été nulle…

« Il y a des bonnes nouvelles qui t’enchaînent et des mauvaises qui te libèrent, rien n’est simple dans la vie », m’a confié un jour mon père. Ce n’est qu’aujourd’hui que je comprends ce qu’il voulait dire. Avec l’annonce de Claire, les hésitations de ces derniers jours se dissipent naturel­lement et me paraissent stupides. J’y vois clair, enfin ! Je ne peux pas laisser passer la proposition de Langley ! C’est impossible. Il faut savoir saisir la chance quand elle se présente, comme vient de me le prouver Claire. Elle a raison.
J’embrasse mon amie, la félicite et nous partons dîner pour fêter la bonne nouvelle ou plutôt les bonnes nouvelles : son premier emploi et ma décision, toujours secrète, mais, cette fois, gravée dans le marbre.

avata
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