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Le premier pas n’est jamais simple. Surtout quand on ne sait même pas dans quelle direction partir… À défaut d’expé­rience, je décide de suivre mon instinct. Tout d’abord, téléphoner à Maxime, pour en savoir plus sur le projet de parfum. Il est un peu surpris par mes questions mais, peu à peu, la passion l’emporte et il me livre l’essentiel. Mon père avait de l’intuition, effectivement. Peut-être même était-il un peu trop en avance pour son époque. Les techniques d’aujourd’hui pourront donner une autre dimension à son idée. Je raccroche et résume rapidement mes pensées dans un carnet : « un parfum personnalisable. Le client achète un flacon principal puis un autre, complémentaire, pour composer sa fragrance à lui. Étape importante nécessitant un savoir-faire unique, biologique. Presque de la haute technologie. Pour le client, possibilité de choisir sur un site Web sa gamme de parfums de complément. Possibilité de trouver des conseils sur le site. Puis lancement de l’appli pour connaître les nouveautés, commander les arômes complémentaires. »
Les idées s’enchaînent. En une matinée, j’ai noirci une vingtaine de pages, écrit une ébauche de planning.

L’heure a filé, tant pis pour mes cours. Je me remets au travail après un sandwich. Il reste le problème du nom. Important… J’ai plusieurs pistes : Perso, Personnel… Mon parfum ? Un peu trop classique, pas très séduisant. J’ouvre la fenêtre quelques secondes pour faire une pause. L’heure du déjeuner, les sorties de bureau, les groupes qui entrent dans les restaurants… Au coin de la rue, une mère essaie de raisonner un enfant boudeur, sans grand succès.
— Tu dois prêter tes jouets, Timothée !
— Non c’est à moi, affirme le garçon, les bras croisés.
— Ne sois pas égoïste !
— C’est le mien !
Le mien… La mienne… Ou plus simplement Mien pour les hommes, Mienne pour les femmes. Un mot, un seul. Simple, facile à mémoriser. Je saisis un magazine sur la table basse pour le noter au plus vite, comme Langley laissant ses messages. Mien et Mienne. Pourquoi pas ensuite un coffret mixte ? Jamais je n’ai ressenti cet élan inimitable, ce souffle qui porte les premiers pas.

Après une journée de travail, je m’arrête pour faire le point. Un projet, un « spécialiste » associé avec Maxime, un nom, une ébauche de plan marketing… Désormais, j’ai besoin de conseils, d’un regard extérieur. À qui pourrais-je en parler ? Peut-être l’un de mes professeurs de marketing ? Ou Florian qui a déjà plus d’expérience que moi ? À moins que… une solution plus simple, plus naturelle et plus efficace… Oui, c’est ça…

Les rayons du soleil matinal pénètrent largement entre les affiches. Je l’interprète comme un bon présage. Le profil stylisé d’un écureuil se dessine en ombre chinoise sur le sol.
En attendant mon rendez-vous, je parcours les brochures disponibles. Le conseiller arrive quelques minutes plus tard. Je m’installe dans son bureau et sors de ma pochette le document rédigé pendant la nuit.

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Il écoute ma présentation, pose plusieurs questions sur le parfum, les différentes étapes, l’expérience de Maxime. Arrivée à la dernière page de mon document, je me tais.
— C’est un projet… étonnant. Stimulant même, dit-il, en parcourant la présentation.
— Merci. Je sens que l’idée est bonne mais… je redoute…
— L’isolement ?
— C’est ça. Je n’ai pas d’expérience. Je serai sans doute perdue à certains moments.
— Pas forcément. Déjà, la Caisse d’Epargne a conçu plusieurs outils qui vous seront utiles.
Il me parle notamment de DiagEntre­preneur, un comparateur de performances. Je prends des notes.
— Pour un projet novateur comme le vôtre, il faut aussi penser aux fonds de Seventure Partners.
— Qu’est-ce que c’est ?
— Des fonds qui investissent dans les entreprises innovantes. Il y a aussi Néo Business. Ce serait parfaitement adapté…

Quand je quitte l’agence, je ne peux pas attendre une seconde de plus pour téléphoner à Maxime. En quelques minutes, je lui dis tout ! Les idées de noms, le rendez-vous à la banque… À plusieurs reprises, il me demande de ralentir, de reprendre. À la fin de la conversation, il semble un peu sonné mais je décèle une pointe d’excitation dans sa voix. « Reprendre le parfum d’Yves… ce serait fantastique ! » Le numéro de Florian s’affiche alors mais je ne décroche pas. Trop de choses à lui raconter, trop de choses à faire… Je préfère attendre notre prochain rendez-vous et rentrer à l’appart pour prendre les problèmes dans l’ordre. Il vaut mieux garder la tête froide pour les jours à venir.

En arrivant dans le hall de mon immeuble, je m’arrête devant la boîte aux lettres. Une enveloppe dépasse. Je la retire d’un coup sec, sans prendre le temps de chercher la clé dans mon sac. Pas de timbre mais l’encre violette de Langley. Qu’a-t-il imaginé ? Regrette-t-il sa proposition ? Rien ne peut lutter contre l’angoisse : elle chasse instantanément l’enthousiasme des minutes précédentes. Avec Langley, tout est possible. Mon père a payé pour le savoir. Je déchire le papier blanc, une couverture de livre apparaît : Le Guide du Routard du financement d'entreprise. Une carte de visite s’échappe des pages : « Un guide, c’est toujours utile quand on part pour une longue aventure, non ? Vous ­n’entendrez plus parler de moi, Eva. Bonne chance. »

avata
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